Motu proprio Sacramentorum sanctitatis tutela
de Jean-Paul II, promulgué le 30/04/2001

Texte Latin

 LITTERAE APOSTOLICAE MOTU PROPRIO DATAE

SACRAMENTORUM SANCTITATIS TUTELA*

QUIBUS NORMAE DE GRAVIORIBUS DELICTIS CONGREGATIONI PRO DOCTRINA FIDEI RESERVATIS PROMULGANTUR 

 

Sacramentorum sanctitatis tutela, SS.mae Eucharistiae maxime et Paenitentiae, necnon fidelium in sortem Domini vocatorum praeservatio in observantia sexti Decalogi praecepti, postulant ut ad salutem animarum procurandam, «quae in Ecclesia suprema semper lex esse debet» (Codex Iuris Canonici, can. 1752), ipsa Ecclesia sua pastorali sollicitudine interveniat ad praecavenda violationis pericula.

Iam inde a Praedecessoribus nostris per opportunas Apostolicas Constitutiones sanctitati sacramentorum, praesertim Paenitentiae, provisum est, sicut Benedicti Papae XIV Constitutione Sacramentum Poenitentiae, die 1 mensis iunii anno 1741, edita; [1] itemque canones Codicis Iuris Canonici anno 1917 promulgati, cum eorum fontibus, quibus sanctiones canonicae contra huius speciei delicta statutae fuerant, eundem scopum persequebantur.[2]

Recentiore tempore ut ab his et conexis delictis praecaveatur, Suprema Sacra Congregatio Sancti Officii per Instructionem, incipientem a verbis Crimen sollicitationis, ad omnes Patriarchas, Archiepiscopos, Episcopos aliosque locorum Ordinarios «etiam Ritus Orientalis» directam die 16 mensis martii anno 1962, modum procedendi hisce in causis statuit, quippe quae in ipsis iudicialis competentia, sive per viam administrativam, sive per viam processualem, exclusive tributa erat. In mente retinendum est quod huiusmodi Instructio vim legis habebat, cum Summus Pontifex, ad normam can. 247 § 1 Codicis Iuris Canonici anno 1917 promulgati, praeerat Sancti Officii Congregationi et de sua ipsius auctoritate Instructio procedebat, Cardinale pro tempore existente tantum Secretarii munere fungente. 

Felicis recordationis Summus Pontifex Paulus Papa VI competentiam iudicialem et administrativam in procedendo «secundum suas emendatas et probatas normas» confirmavit per Constitutionem Apostolicam de Romana Curia Regimini Ecclesiae Universae, die 15 mensis augusti anno 1967 editam.[3]

Denique, Nostra qua pollemus auctoritate, in Constitutione Apostolica Pastor bonus, die 28 mensis iunii anno 1988 promulgata, expresse statuimus: «Delicta contra fidem necnon graviora delicta tum contra mores tum in sacramentorum celebratione commissa, quae ipsi delata fuerint, [Congregatio pro Doctrina Fidei] cognoscit atque, ubi opus fuerit, ad canonicas sanctiones declarandas aut irrogandas ad normam iuris, sive communis sive proprii, procedit»,[4] ulterius confirmando et determinando iudicialem eiusdem Congregationis pro Doctrina Fidei competentiam tamquam Tribunalis Apostolici.

Approbata a Nobis Agendi ratione in doctrinarum examine,[5] necesse quidem erat pressius definire sive «graviora delicta tum contra mores tum in sacramentorum celebratione commissa», pro quibus competentia Congregationis pro Doctrina Fidei exclusiva manet, sive etiam normas processuales speciales «ad canonicas sanctiones declarandas aut irrogandas».

Hisce Nostris Litteris Apostolicis Motu Proprio datis hoc opus perfecimus ideoque per eas promulgamus Normas de gravioribus delictis Congregationi pro Doctrina Fidei reservatis, in duas partes distinctas, quarum prima continet Normas substantiales, secunda vero Normas processuales, mandando omnibus quorum interest ut studiose et fideliter servent. Ipsae Normae vim legis exserunt eadem die qua promulgatae sunt. 

Contrariis quibuscumque, etiam speciali mentione dignis, non obstantibus. 

Datum Romae, apud Sanctum Petrum, die XXX mensis Aprilis, in memoria Sancti Pii V Papae, anno MMI, Pontificatus Nostri vicesimo tertio.


 

IOANNES PAULUS PP. II 


*A.A.S., vol. XCIII (2001), n. 11, pp. 737-739

[1] Benedictus PP. XIV, Constitutio Sacramentum Poenitentiae, 1 iunii 1741, in Codex Iuris Canonici, Pii X Pontificis Maximi iussu digestus, Benedicti Papae XV auctoritate promulgatus, Documenta, Documentum V, in AAS 9 (1917) Pars II, 505-508. 

[2] Cfr. Codex Iuris Canonici anno 1917 promulgatus, cann. 817, 2316, 2320, 2322, 2368 § 1, 2369 § 1.

[3] Cfr. Paulus PP. VI, Constitutio Apostolica Regimini Ecclesiae universae, De Romana Curia, 15 augusti 1967, n. 36, in AAS 59 (1967) 898. 

[4] Ioannes Paulus PP. II, Constitutio Apostolica Pastor bonus, De Romana Curia, 28 iunii 1988, art. 52, in AAS 80 (1988) 874. 

[5] Congregatio pro Doctrina Fidei, Agendi ratio in doctrinarum examine, 29 iunii 1997, in AAS 89 (1997) 830-835.

Texte Français

 LETTRE APOSTOLIQUE 

MOTU PROPRIO 

SACRAMENTORUM SANCTITATIS TUTELA*


 

La protection de la sainteté des sacrements, principalement de la très sainte Eucharistie et de la Pénitence, ainsi que le souci de protéger du mal les fidèles du Seigneur dans l'observance du sixième commandement du Décalogue, demandent, pour assurer ce salut des âmes « qui doit toujours être la loi suprême dans l'Église » (canon 1752), que l'Église elle-même intervienne, en sa sollicitude pastorale, pour prévenir les dangers de violation.

Déjà nos Prédécesseurs avaient veillé à la sainteté des sacrements, surtout de la Pénitence, par d'opportunes Constitutions apostoliques. Ainsi la Constitution Sacramentorum poenitentiae (1), du 1er juin 1741, publiée par le Pape Benoît XIV , ainsi que les canons du Code de Droit canonique promulgué en 1917, avec leurs sources, qui établissaient des sanctions canoniques (2) contre les délits de ce genre, poursuivaient ce but.

A une époque plus récente, afin de prévenir de tels délits et ceux qui leur sont liés, la Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office, par l'Instruction du 16 mars 1962 qui commence par les mots Crimen sollicitationis, adressée à tous les Patriarches, archevêques, évêques et autres Ordinaires des lieux, « y compris de rite oriental », a établi une manière de procéder en ces causes : de fait, la compétence judiciaire, que ce soit par voie administrative ou par voie processuelle, lui était exclusivement réservée. On doit retenir que cette Instruction avait force de loi puisque le Souverain Pontife, selon le canon 247 §1 du Code de Droit canonique promulgué en 1917, présidait la Congrégation du Saint-Office, et que donc l'Instruction procédait de son autorité même, le cardinal « pro tempore » n'exerçant que la fonction de secrétaire de la Congrégation.

Le Souverain Pontife Paul VI, d'heureuse mémoire, a confirmé par la Constitution apostolique sur la Curie romaine Regimini Ecclesiae universae (3), publiée le 15 août 1967, sa compétence judiciaire et administrative en procédant « selon ses normes réformées et approuvées ».

Enfin, de par l'autorité qui est la nôtre, nous avons statué expressément, dans la Constitution apostolique Pastor bonus, publiée le 28 juin 1988 : « Elle (la Congrégation pour la Doctrine de la foi) juge les délits contre la foi et les délits les plus graves, commis soit contre les mœurs soit dans la célébration des sacrements, qui lui sont signalés et, en l'occurrence, elle déclare ou inflige les sanctions canoniques prévues soit par le droit commun soit par le droit propre » (4) ; nous avons par la suite confirmé et déterminé la compétence judiciaire de cette Congrégation pour la Doctrine de la foi en tant que Tribunal apostolique.

Après avoir approuvé la Procédure pour l'examen des doctrines (5), il était nécessaire de définir avec plus de précision quels sont tant ces « délits les plus graves commis soit contre les mœurs soit dans la célébration des sacrements », et pour lesquels la compétence de la Congrégation pour la Doctrine de la foi reste et demeure exclusive, que, également, les normes processuelles spéciales visant à « déclarer ou infliger les sanctions canoniques ».

Par ces Lettres apostoliques données motu proprio, nous accomplissons cette tâche et nous promulguons donc par elles les Normes concernant les délits les plus graves réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, texte qui contient deux parties distinctes : la première contient les Normes substantielles, et la seconde les Normes processuelles, et nous ordonnons à tous ceux qui sont concernés de les observer avec empressement et fidèlement. Ces Normes ont force de loi le jour même de leur promulgation. Nonobstant toutes choses contraires, même dignes de mention spéciale.


Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 30 avril 2001, fête du Pape saint Pie V, en la vingt-troisième année de notre pontificat.


JEAN-PAUL II


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* Texte original latin du Saint-Siège. Traduction de La Documentation catholique (n° 2268 du 21 avril 2002).

(1) Benoît XIV, Constitution Sacrementum poenitentiae, 1er juin 1741, in : Codex iuris canonici, Documenta, promulgué par autorité du Pape Benoît XV, Document V, IIe partie.

(2) Cf. Codex iuris canonici promulgué en 1917, canons 817, 2316, 2320, 2322, 2368 §1, 2369 §1.

(3) Cf. Paul VI, Constitution apostolique Regimini Ecclesiae universae, sur la Curie romaine, 15 août 1967, 36 (DC 1967, n. 1500, col. 1451).

(4) Jean-Paul II, Constitution apostolique Pastor bonus, sur la Curie romaine, 28 juin 1988, art. 52 (DC 1988, n. 1969, p. 908).

(5) Congrégation pour la Doctrine de la foi, Procédure pour l'examen des doctrines, 29 juin 1997 (DC 1997, n. 2167, p. 819-821).